La Place

d’Annie Ernaux – (Prix Renaudot 1984)

Lue par Martine Costes-Souyris


« Il n’est jamais entré dans un musée, il ne lisait que Paris-Normandie et se servait toujours de son Opinel pour manger. Ouvrier devenu petit commerçant, il espérait que sa fille, grâce aux études, serait mieux que lui. »


L'auteure, Annie Ernaux

Cette fille, Annie Ernaux, refuse l’oubli des origines. Elle retrace la vie et la mort de celui qui avait conquis sa petite place au soleil. Et dévoile aussi la distance, douloureuse, survenue entre elle, étudiante, et ce père aimé qui lui disait : « Les livres, la musique, c’est bon pour toi. Moi, je n’en ai pas besoin pour vivre. »

La Place commence par deux scènes presque superposées: le récit des épreuves pratiques du Capes – qui va marquer définitivement l’entrée d’Annie Ernaux dans le monde de la bourgeoisie et de la culture – et la mort de son père au-dessus du café-alimentation à Yvetot. Annie Ernaux entame un portrait qui est à la fois un cri d’amour et le sentiment d’une trahison sociale et sentimentale. Mais elle le fait sans artifices ni métaphores, comme une déposition avec cette écriture qu’elle qualifie elle-même de “plate”. L’auteur redonne une «place» à ce père qui voulait qu’elle réussisse au-dessus de sa condition, elle nous invite également à la rejoindre avec nos propres blessures familiales, nos trahisons grandes ou petites.